Face à une surpopulation carcérale record, le gouvernement français mise sur des cellules construites en usine. Un modèle importé d’Allemagne et du Royaume-Uni, aussi séduisant sur le papier que parfois contesté sur le terrain.
Par Jean-Marie Hosatte

En France, construire vite des lieux d’enfermement pour répondre à l’urgence n’est pas une idée neuve. C’est une cicatrice. En février 1939, lorsque près de 500 000 républicains espagnols franchirent les Pyrénées pour fuir les armées de Franco, le gouvernement Daladier fit ériger en quelques jours des camps sur les plages du Roussillon. À Argelès-sur-Mer, à Saint-Cyprien, au Barcarès, des hommes, des femmes et des enfants furent parqués derrière des barbelés, à même le sable, sans eau ni sanitaires, gardés par des tirailleurs sénégalais et des gardes mobiles. Le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut déclara à la presse que le camp d’Argelès « ne sera pas un lieu de détention mais un camp de concentration ». La mortalité fut considérable.
Ces camps, montés dans la précipitation et le mépris, devinrent ensuite ceux où Vichy interna les Juifs, les Tsiganes, les « indésirables » de toute sorte, avant de les envoyer vers Drancy et Auschwitz. Rivesaltes, Gurs, Le Vernet : les noms de ces lieux résonnent encore dans la mémoire collective comme autant de hontes nationales.
Ce souvenir a longtemps pesé, de manière sourde mais décisive, sur la manière dont la France conçoit ses établissements pénitentiaires. Construire des prisons en urgence, assembler des structures provisoires pour absorber un flux humain que l’on ne sait plus gérer – l’image renvoie trop directement à ce précédent. L’administration pénitentiaire a résisté pendant des décennies à la construction hors site, lui préférant les grands… (Suite de l’article dans le magazine N°31)














