Début 2026, les élèves et personnels enseignants de Bègles (33) pousseront les portes d’une «école village». Une fois la porte d’entrée franchie, ils découvriront les pavillons bardés de bois répartis entre les arbres séculaires et les jardins pédagogiques. Chaque cour, chaque venelle plantée, chaque terrasse végétalisée seront autant de terrains de jeux, propices à l’apprentissage et à la curiosité.

La nouvelle « école village » de Bègles se situe sur le site de l’ancienne école Jacques-Prévert, vieillissante et non adaptée à la croissance démographique de la ville. Pour autant, les architectes ont choisi de ne pas faire table rase du passé : leur projet s’inscrit dans une démarche de préservation et de valorisation du patrimoine bâti et paysager. Une partie de l’ancienne école a ainsi été conservée, notamment sa charpente octogonale, transformée en bibliothèque. « Cette structure de qualité, nous avons voulu la transformer en un espace à part, à la fois ludique et poétique », explique Vanessa Larrère, architecte associée chez OECO. « Elle accueillera la bibliothèque. C’est une “folie architecturale” au milieu de la cour, un lieu où la lecture occupera une place centrale dans la vie de l’école. »

Sur le plan spatial, l’école est organisée comme un ensemble de pavillons, chacun abritant des unités pédagogiques par niveau. Les volumes simples, les toitures à deux pans, évoquent les cabanes de l’imaginaire enfantin. « La fragmentation des bâtiments permet à la fois une appropriation intuitive des lieux par les élèves et une meilleure intégration dans le tissu urbain environnant », résume l’architecte. Les parcours intérieurs et extérieurs, conçus pour favoriser la circulation et la découverte, respectent le paysage existant et les arbres de la parcelle, lesquels ont été conservés pour assurer la continuité écologique et fournir de l’ombre, si importante aujourd’hui en été. Résultat : les espaces extérieurs ne sont pas de simples cours de récréation. Inspirés du concept des « cours oasis », ils sont perméables, végétalisés et agrémentés de jardins pédagogiques. Les élèves pourront y observer la nature, participer à la culture d’un potager, ou encore profiter d’aires ombragées pendant la récréation. « Le parti a été pris de laisser vivre le site, de glisser les bâtiments entre les arbres plutôt que de faire table rase du passé », souligne Vanessa Larrère. « Cela permet de créer des parcours et des relations à l’échelle de l’enfant, même pour une école de cette taille, presque un collège, qui accueillera 450 élèves. »
Bien sûr, l’école Jacques-Prévert s’inscrit dans une démarche environnementale à la hauteur des exigences du moment. La double orientation systématique des classes permet ventilation naturelle et lumière maîtrisée, offrant un confort optimal aux élèves. Les besoins énergétiques seront couverts par géothermie à haut rendement et les panneaux photovoltaïques intégrés aux toitures. Si la construction en modules bois 2D s’est imposée d’emblée – la métropole de Bordeaux ayant référencé plusieurs entreprises spécialisées –, elle a nécessité un important travail d’adaptation. Ici, architectes et constructeur ont beaucoup appris.


« C’était un vrai défi technique », explique Vanessa Larrère. « Nous savions dès le départ que le projet se ferait en construction hors site, mais il a fallu le concevoir en intégrant les trames et les contraintes industrielles. Cela impose une rigueur différente, mais ouvre aussi des possibilités nouvelles. »

La construction a finalement été confiée à Dassé, constructeur basé dans les Landes, reconnu pour sa maîtrise de la construction 2D. Son président, Pierre Pipo, se souvient d’un projet stimulant : « Les architectes ont été exigeants – dans le bon sens du terme Nous avons dû repenser certains détails de notre système constructif pour répondre à leur écriture architecturale. Cela nous a poussés à innover, à redéfinir nos objets paramétriques et nos nomenclatures. C’est complexe, mais c’est aussi ce qui fait progresser notre savoir-faire et la filière. »

Chez Dassé, la préfabrication 2D intègre la structure, l’isolation, les menuiseries et les fermetures. Il est possible d’intégrer la finition extérieure, mais pour ce projet, le bardage est posé sur site afin d’éviter les joints visibles entre panneaux. Ce choix, voulu par les architectes, renforce la lecture architecturale de l’ensemble. « Nous avons travaillé la façade comme une composition, non comme une répétition. L’idée était que rien ne laisse deviner la préfabrication. Le bois, par ses teintes naturelles et ses encadrements couleur miel, donne aux bâtiments une identité douce et pérenne. » Pour le constructeur, cette opération, bien que complexe dans sa mise en œuvre, montre la maturité du hors site appliqué à la commande publique. « C’est un chantier exemplaire, labellisé Bâtiment Durable Nouvelle-Aquitaine, avec 100 % d’isolation biosourcée. En termes de performance, on atteint le niveau du traditionnel tout en réduisant les délais de 60 %. C’est un projet exigeant mais innovant, qui servira de référence. » De son côté, Vanessa Larrère explique que « construire hors site ne veut pas dire standardiser. Cela veut dire concevoir autrement, dès l’amont, avec des partenaires industriels impliqués et une conscience accrue des impacts environnementaux. »












