Olivier Vaudou (1926-2015) et Reymond Luthi, (1929-2010) sont deux personnalités discrètes mais importantes du paysage architectural français de l’après-guerre. Ces ingénieurs-architectes ont bâti une œuvre originale, rigoureuse et profondément ancrée dans la technique. Leur signature tient dans l’économie des moyens, la précision du dessin et la justesse des assemblages.

Dès les années 1960, Olivier Vaudou (1926-2015) et Reymond Luthi (1929-2010) portent une vision où l’ingénierie et l’architecture ne font qu’un. Leur méthode tranche avec certains excès modernistes. Ils évitent les plans « démonstratifs », lui préférant l’économie constructive et l’attention aux usages. La répétition modulaire, la façade-rideau, la mise en valeur de la lumière intérieure sont des motifs récurrents. Dans leur œuvre, le métal, le verre et le béton trouvent un équilibre subtil : la légèreté du premier, la transparence du second, la solidité du troisième. Ce dialogue donne naissance à une esthétique reconnaissable, sans effet et sans artifice. Avec eux, le style vient de la structure elle-même, du détail bien conçu, du joint bien exécuté.

Modernisme raisonné
Leur œuvre, bien que discrète, caractérise de nombreux bâtiments publics de cette époque. Bureaux, laboratoires, équipements sportifs : chaque projet témoigne du même soin. Leur approche incarne une modernité humble, fondée sur la précision plutôt que sur le geste spectaculaire. Ils pratiquent un modernisme raisonné, au service du programme et des usagers.
On peut le voir dans la piscine municipale de Château-Thierry (02), inaugurée en 1971. Elle résume bien leur approche. Loin des modèles types imposés aux communes à cette époque, Vaudou et Luthi imaginent une grande boîte de verre et de métal posée sur un radier de béton. La charpente métallique, dessinée avec soin, libère l’espace intérieur. Les façades vitrées ouvrent le bassin sur la ville et sur le ciel. À l’intérieur, la lumière circule librement, sans obstacle. Le pignon maçonné stabilise la structure tandis que les portiques en acier rythment le volume.
Ce jeu d’équilibre se retrouve dans la plupart de leurs réalisations. À Nantes (44), l’Institut scientifique et technique des pêches maritimes, livré dans les années 1960, est pensé dans cette même logique. L’ossature métallique et les toitures zénithales assurent la clarté des espaces. La lumière naturelle est pour eux un matériau à part entière, une composante du confort et de la lisibilité. Ici comme à Château-Thierry, la rigueur technique nourrit la beauté du lieu.

Quand la banalité tue le beau et l’intelligence
Construite en bord de Marne, la piscine municipale de Château-Thierry (02), patrie de Jean de La Fontaine, a été désaffectée en 2020. Patrimoine du XXᵉ siècle, non classée, cette construction très originale qui marquait l’entrée de ville a été rattrapée par « l’urbanisme des ronds-points ». Elle devait être démolie.Tombait-elle en ruines ? Non. Était-il possible de la rénover ? Sans doute. La conserver aurait été un bel exemple de vertu environnementale : économie de carbone, réduction des déchets, augmentation de la durée de vie du bâtiment… et conservation d’un bel ouvrage.Devant le tollé soulevé à l’époque par sa démolition annoncée, une solution intermédiaire a été trouvée, sans doute la pire qui soit. La charpente métallique est sauvée… mais les grandes ouvertures vitrées ont disparu. La structure métallique, si elle apparaît encore, ne montre plus toute son intelligence, et la lumière naturelle, si nécessaire au bien-être, a quasiment disparu.À l’intérieur, place à un vague « pôle loisirs » : fast-food, attractions quelconques et autres réjouissances bas de gamme. On a massacré le lieu et sa lumière. Peut-être aurait-il mieux valu la démonter et la reconstruire ailleurs ?C’est ce que permettait le mode constructif imaginé par Olivier Vaudou et Reymond Luthi, à l’époque assistés de Jean Prouvé et de Louis Fruitet — ce qui n’est pas rien. Comme l’aurait dit La Fontaine :
« Qui détruit la lumière pour un usage banal
perd plus qu’un bâtiment : il perd l’âme du lieu. »
Volumes ouverts, lisibilité immédiate
Leur mode constructif est en apparence relativement simple. Le métal est utilisé comme ossature principale et élément de dessin. La charpente, les poutres et les contreventements ne sont pas dissimulés ; au contraire, ils structurent les façades. Les soudures, les boulons, les joints sont pensés comme des ponctuations. Chaque pièce a sa place et chaque détail une fonction. Cette mise en scène de la structure produit des volumes ouverts, de grandes portées, des façades dégagées de tout appui inutile.
Ainsi, les espaces conçus par Vaudou et Luthi s’apprécient immédiatement. Les circulations sont fluides, les usages évidents. Le plan et la structure se répondent dans un équilibre constant. Le visiteur comprend instinctivement le fonctionnement du bâtiment. C’est là sans doute l’une de leurs grandes réussites : la lisibilité comme valeur architecturale.
Tout au long de leur carrière, ils développeront cette logique d’ossature sèche, où la structure porteuse et les remplissages sont dissociés. Les panneaux, les vitrages, les parois se montent et se démontent comme des modules. Cette approche rationnelle annonce déjà la pensée constructive hors site d’aujourd’hui.













