État des villes État du monde

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Calés confortablement dans votre fauteuil ou dans ce que vous voulez après tout, voici deux livres qui ne devraient pas vous tomber des mains.
[ par Virginie Speight ]

Avec Mesure et démesure des viles, Thierry Paquot analyse l’extension sans limites des métropoles actuelles. Il s’interroge notamment sur le culte du quantitatif, de l’excès, de la course à la croissance. Y aurait-il une “juste taille” des villes et une “bonne échelle” des territoires de notre existence ? Les principaux théoriciens et militants écologiques auxquels il se réfère, condamnent sans ambiguïté la mégapole : gaspillage des milliers d’hectares de terre agricole, surconsommation d’énergie, entassement de la population, multiplication des déplacements et de la pollution etc. Comment définir une ville, une urbanité nouvelle, libre, respectueuse des humains et du monde vivant, des temps et des territoires ? “Ce qui fait d’un regroupement de personnes une ville, c’est l’heureuse combinaison de trois qualités : l’urbanité, la diversité et l’altérité. L’une d’elles vient à manquer et c’est la fin des villes…“ dépeint l’auteur. Dans cet essai fort documenté, en nous initiant à la pensée de théoriciens souvent méconnus, Thierry Paquot nous propose aussi des alternatives concrètes.

Autre exigence du bien vivre ensemble, avec Plan B pour la planète : Le New Deal vert, Naomi Klein affiche son soutien à un programme politique engagé. Il s’agit de lutter contre le dérèglement climatique tout en œuvrant sur le terrain des inégalités sociales. On peut miser sur une meilleure répartition des richesses, favoriser la sobriété, se dégager de l’emprise du capitalisme sur les ressources naturelles et de toutes ses dérives : l’heure n’est plus aux simples constats. Véritable plan d’action, ce livre réunit une décennie de textes, autant de ressources pour faire foisonner notre imagination. Elle nous alerte sur ce qu’elle appelle “la barbarie climatique”, idéologie nauséabonde qui se nourrit du dérèglement climatique pour appeler à la fermeture des frontières, à des lieux aussi “charmants” que des centres de détentions. “Un mur, vite. Enfermez-les. Expulsez les tous. Chopez-les où vous voulez et montrez- leur qui est le patron.“ écrit l’auteur face à l’essor des démagogues qui sévissent comme les suprématistes blancs. Une démonstration implacable que tout un chacun peut s’approprier pour transformer notre civilisation.