Victor B. Ortiz, le nom à retenir

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Construction modulaire, préfabrication, matériaux locaux recyclables, impression 3D et biomimétisme – Victor B. Ortiz réunit dans sa pratique architecturale tous les modes de création qui nous sont chers, aussi bien aux États-Unis où il est basé, qu’au Brésil, en Russie ou en France.

Tapera House, Paraty, Brésil.
© VICTOR B. ORTIZ ARCHITECTURE

Ce jeune architecte brésilien, Emerging Architect of the Year en 2021, s’exprime avec la même dextérité dans le champ de l’architecture, de l’urbanisme et de la décoration intérieure. Zoom sur ses réalisations.

La tour de bureaux Ybyrá, à la silhouette gracile, se dresse à Saint-Pétersbourg, portant au plus haut l’usage du bois. Élaboré à partir de bois lamellé-collé, le gratte-ciel se caractérise par sa façade ondulée aux courbes sinueuses. L’architecte a fait le choix de colonnes et de poutres préfabriquées en CLT tandis que pour la façade, il a opté pour un double vitrage avec des meneaux en aluminium, entre les colonnes. Le noyau est également constitué de plaques de béton préfabriquées, minimisant les déchets sur place. À l’intérieur, le lobby est composé de murs en pierre incurvés aux tons clairs, pour contraster la chaleur du bois, créant un espace unique et réfléchissant.

Tour Ybyrá, Saint-Pétersbourg, Russie.

Second projet qui a marqué la fin de l’année ; la « Taperá House », un concept résidentiel qui conjugue le style ancien « taperá » et lexique architectural contemporain. Le nom « taperá » dérive des habitations indigènes caractérisées par une structure simple avec des murs ouverts. La résidence est lovée dans un lieu reculé près de Paraty, une ville au sud de Rio de Janeiro (Brésil). Victor B.Ortiz a organisé la maison sur trois niveaux qui pourtant donne l’impression d’avoir été construite en un seul volume. En réalité, elle renferme trois blocs sur trois niveaux, dédiés aux différents espaces de vie ; l’ensemble des volumes groupés suivant le relief du terrain. L’architecte possède une conscience aiguë du contexte environnemental. En effet, le toit vert et élégant, recouvert d’une couche d’herbe se fond littéralement avec le paysage luxuriant. Métallique et légèrement incurvé, il protège les occupants des rayons directs du soleil et permet une ventilation naturelle grâce à l’air circulant dans toute la maison. Sa structure et ses finitions métalliques ont été conçues numériquement. Puis chaque panneau a été découpé à l’aide d’une fraiseuse et assemblé sur place. Toujours dans une filiation avec la culture et les ressources locales, l’architecte a modelé la maison avec le bois naturel de la région, des meubles aux cadres de la fenêtre.

On retrouve cette même architecture attentive à la singularité des sites, dans la conception Copii Spa. Pour ce bâtiment, localisé à Pernambuco, pôle important d’extraction du gypse au Brésil, Victor B. Ortiz a associé le bois, le gypse et la pierre de la région. Comme à son habitude, il a dessiné un toit majestueux, cette fois-ci tout en courbe. Sa structure est réalisée en CLT, préfabriquée sur place, complétée par des nacelles : toiles nautiques tendues entre les lattes de bois.

Plus près de nous à Vibrac, en Charente-Maritime, l’architecte a imaginé une maison dans les arbres « Unfolding Memories Tree House » (en français « la maison aux souvenirs qui se déplient »). Elle a été pensée pour épouser le cadre champêtre du château de la Mothe-Chandeniers. Elle présente une façade qui se plie, se déploie et même pivote pour offrir le niveau d’intimité et de vues souhaité à ses habitants. La cabane a été construite à l’aide de modules triangulaires en verre et en bois de pin qui, à la manière d’une fleur, s’ouvrent et se referment à l’envi. Chaque module peut s’actionner de manière indépendante avec trois niveaux d’ouverture. Une vision bucolique de l’architecture qui place les occupants au cœur du paysage tout en les préservant des variations climatiques.

L’architecte fait également un travail de fond contre le gaspillage des matières. Il a développé le « Recycled Rope Pavilion », un pavillon de corde recyclée à partir de modules imprimés en 3D. Le pavillon temporaire a été installé un temps sur l’île Roosevelt à New York. En appliquant les concepts du biomimétisme, l’architecte s’est servi de modules préfabriqués en forme de briques, de cordes tissées en spirale, rendant le module rigide en compression. L’objectif du projet était de mettre en évidence le gaspillage annuel de cordages nautiques parles navires du monde entier, et de recycler ces cordages pour créer un espace habitable et interactif. Chaque module a été tissé à la main et facilement assemblé un par un sur place.

Quelle que soit la thématique abordée, VictorB. Ortiz pose les fondements d’une architecture immersive, où la magie de la construction non conventionnelle opère.

Virginie Speight