AlphaM.3D, fleuron hors-site du Groupe Pelletier

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ENTRETIEN
avec Alexis Pelletier, directeur du développement
Propos recueillis par Virginie Speight

Constellia, Sales (Haute-
Savoie), nominé au BIM d’Or
2021 et Médaille d’or
au Challenge de l’habitat
innovant 2022.

En 2020, Alpha Modules a intégré le Groupe Pelletier, expert en construction-promotion. Depuis, la société a été récemment rebaptisée AlphaM.3D et se concentre avec succès sur la construction hors-site 3D et écoresponsable. État des lieux.

Qu’est-ce qui vous a fait pencher en faveur de la construction hors-site ?

Les raisons sont nombreuses. Déjà au niveau de l’emploi. Dans un contexte de pénurie dans le secteur du bâtiment, le hors-site permet de recourir à moins de main-d’œuvre, qualifiée ou non qualifiée, et d’améliorer les conditions de travail. Sans parler, de la mise en place des démarches qualité en amont, impossible à réaliser sur le chantier. En intégrant le plus de corps d’état possible en usine, nous arrivons à gérer au mieux tous les intrants ainsi que leur mise en œuvre, et nous créons plus de valeur. Automatiquement, cela permet une synthèse directe entre les différents corps d’état. Il y a donc une gestion très simple des interfaces, toujours très complexe à gérer sur chantier en corps d’état séparés. Autres faits notables : nous maîtrisons les délais et les coûts, gages d’amélioration de la rentabilité. De surcroît, nous favorisons l’économie circulaire à chaque étape d’un projet.

Le Groupe Pelletier est historiquement ancré dans le sillon alpin, quels sont ses domaines de prédilection ?

Notre activité repose en grande partie sur des projets développés en haute montagne comme les stations de ski. Nous sommes aussi très impliqués dans les programmes de logement collectif. En ce qui nous concerne, le mode constructif hors-site répond aux enjeux des fonciers et des projets contraints – rénovation ou extension en site occupé, zone urbaine dense, montagne, etc.

Quels sont, selon vous, les avantages du mode constructif hors-site en haute montagne ?

Pour les chantiers de montagne, l’accès est souvent complexe, les contraintes des sites sont considérables, nous sommes en zone de sismicité 4 (la plus élevée en France métropolitaine) et les délais sont très serrés.

En effet, lors de la saison hivernale (minimum 4 mois sur 12), il n’est pas possible de travailler en station. La construction hors-site prend donc tout son sens dans ce cas-là : les mois hivernaux peuvent être des mois de production à l’usine. Le hors-site présente l’avantage de ne pas nécessiter autant d’espace autour de la construction pour tout ce qui est stockage des approvisionnements et du matériel, les terrains étant très contraints, c’est un luxe. La conception de nos modules permet de ne pas être en convoi exceptionnel, ce qui facilite les choses pour les accès. Avec 2 modules par camion, nous avons la capacité de poser plus de 20 modules par jour, minimisant ainsi le temps sur chantier et permettant une mise en exploitation plus rapide, soit potentiellement une saison de gagnée.

Comment faites-vous face aux contraintes sismiques ?

Notre mix de matériaux nous permet de répondre aux contraintes sismiques. En effet, nous sommes en mesure de faire des bâtiments en R+4 en zone sismicité 4 composés seulement de modules du RDC au R+4. Si le bâtiment est un hybride avec des niveaux faits sur site et d’autres en hors-site, nous pouvons aller encore plus haut. Et qui peut le plus peut le moins, nous faisons aussi des constructions et des extensions pour de la résidence, du tertiaire, du scolaire, etc.

Constatez-vous une évolution de la demande ?

Au niveau des usages, nous constatons une tendance qui a déjà commencé et qui va se renforcer, c’est d’une part la dissociation des fonciers et des bâtiments : le foncier doit être libéré au bout d’une certaine durée. Et d’autre part, il y a une nécessité de développer une économie circulaire au niveau du secteur de la construction. C’est pourquoi nous travaillons à la démontabilité à l’échelle du bâtiment pour éviter la démolition, et à l’échelle de nos modules, afin de pouvoir les reconditionner et les réassembler sur un nouveau site. Nos modules multimatériaux sont robustes et durables pour ces applications.

Quelles sont les spécificités de vos modules assemblés en 3D ?

Nos modules sont constitués d’une dalle de béton autoportante, d’éléments verticaux porteurs en métal (poteaux) ou béton (poteaux ou voile) et de remplissages verticaux en panneaux ossature bois. Le toit du module est le plancher du module supérieur.

En quoi votre démarche, peut-elle être qualifiée d’environnementale ?

Nous sommes très vigilants, entre autres, à la provenance et à l’impact des différents matériaux/fournitures mis en œuvre : bois français, béton bas carbone à l’étude, etc. Dans une logique d’économie circulaire, nous développons des modules assemblés de manière sèche permettant le démontage en fin de vie, ou le déplacement en fin d’utilisation sur un autre site. Sans oublier l’accent porté sur la démontabilité de chaque élément facilitant leur recyclage et leur reconditionnement.

L’adoption du processus BIM a-t-elle été pour vous déterminante ?

Le BIM est indispensable pour la fabrication des modules. En fait, la transition industrielle que le Groupe Pelletier est en train de mener a découlé de la réussite de sa transition numérique initiée en 2015.

La compétence BIM acquise nous a permis de nous lancer assez simplement dans le hors-site. Le hors-site permet aussi de mettre plus de valeur sur ces travaux numériques, là où un projet traditionnel a beaucoup de mal à profiter pleinement du processus BIM. Nous avons monté notre protocole BIM pour pouvoir concevoir et échanger en interne, mais aussi avec les autres acteurs du projet par l’intermédiaire d’une plateforme de collaboration en ligne. Nous gérons ainsi la synthèse.

Votre ensemble immobilier Constellia, à Sales, a d’ailleurs été nominé au BIM d’Or 2021 et s’est vu couronné de la médaille d’or au Challenge de l’habitat innovant 2022 ?

Il s’agit de la première opération conjointe d’AlphaM.3D et du Groupe Pelletier et, à ce jour, la plus grosse opération d’AlphaM.3D. Une opération pilote avec une version bêta de nos modules, qui permet de confirmer l’orientation prise vers le hors-site et nos investissements pour construire notre nouvelle usine. Nous travaillons actuellement à la réalisation d’une résidence senior de 3 bâtiments en R+4 et sur un bâtiment de logements collectifs en R+4.

Comment entrevoyez-vous l’avenir ?

Le CA 2021 est de 1,30 M€. En 2023, avec la nouvelle usine, le CA prévisionnel sera proche des 5M€. Puis, nous prévoyons une hausse minimum de 10% par an du CA jusqu’en 2028. Au minimum, car il est probable que d’autres usines voient le jour.