La rénovation en pratique

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par Rodolphe Deborre et Benoît Haddag ]

Une particularité très importante du secteur de la construction est qu’il doit être en croissance pour les années qui viennent. Pour des raisons écologiques. Rares sont les secteurs qui ont cette « chance » non pas tant pour construire des bâtiments neufs mais bien pour rénover 100 % du parc immobilier mondial. Nous habitons et travaillons tous dans des passoires thermiques. Dès lors, il faut impérativement tout rénover pour espérer réussir l’impérieuse lutte contre le changement climatique.

Cette rénovation s’avère plus que nécessaire. En effet, l’impact négatif du bâtiment est important comme d’autres secteurs. Mais à l’inverse de la majorité d’entre eux, nous connaissons déjà les solutions techniques pour supprimer ces impacts : il faut dérouler des isolants, changer et régler les machines thermiques et contrôler les résultats réels. Et en plus c’est rentable ! Pas beaucoup certes mais rentable.

Donc, si on a tant soit peu confiance dans l’espèce humaine, nous savons que la rénovation massive arrive. Cependant on observe que ça n’a pas encore commencé. Ni en volume, ni en qualité.

Il est d’ailleurs symptomatique de constater que la critique médiatique principale sur les certificats d’économie d’énergie, dont les sociétés sont en fortes croissances [en tout cas en emplois], est la médiocrité des résultats énergétiques due à la médiocrité des travaux réellement effectués. Alors comment on change ? Quand est-ce qu’on opère ce changement ? Pour de vrai hein, avec de vrais résultats mesurés, pas avec des calculs théoriques a priori et des documents administratifs validés.

2 possibilités et deux seulement

1. Soit on met le paquet en qualité et on passe en force. Méthode de label de grande qualité [Passivhaus ou Minergie], de facto difficiles à obtenir techniquement car des contrôles qualité livraisons drastiques. Lorsqu’on est audité avec précision comme dans Passivhaus alors l’accent est mis sur la qualité, voire plus de qualité que nécessaire et cela engendre des coûts [méthode pas la plus optimisée économiquement].

2. Soit on met le paquet en responsabilité de résultats et on passe en souplesse. Méthode Energiesprong et garantie de résultats réels.

J’entends déjà grommeler nos amis experts qui nous disent qu’avec le BBC rénov, on y arrive très bien et c’est beaucoup moins cher que Passivhaus ou Energiesprong. C’est faux. Oui, c’est moins cher. Oui, on a le label Bâtiment Basse Consommation en rénovation [BBC]. Mais non, on n’y arrive pas très bien. Les résultats individuels de BBC rénovation [sans même parler du volume beaucoup trop faible de chantiers] ne sont pas satisfaisants. C’est toujours mieux qu’avant mais ce n’est pas assez bon. On meurt moins vite mais on meurt quand même. On perd le match avec les honneurs certes mais on a perdu quand même. On se doit de gagner le combat climatique ! Notre secteur dispose des armes pour le faire, il est de notre devoir de les mettre en œuvre.

Une prise de conscience à grande échelle s’impose face à l’impact négatif du bâtiment. Comment opérer un changement essentiel à l’heure du dérèglement climatique ? Les solutions sont là. À nous de les appliquer pour des lendemains qui chantent.

Revenons maintenant rapidement à la possibilité « en force ». Le label Passivhaus [label allemand de maison passive] et Minergie [label suisse dédié au confort des bâtiments, à l’efficacité énergétique et au maintien de la valeur du patrimoine immobilier] fonctionnent très bien unitairement depuis des années, les résultats sont magnifiques mais le changement d’échelle n’est pas encore au rendez-vous. Penchons-nous maintenant sur ENERGIESPRONG.

Le cœur de son succès énergétique est la garantie de performance réelle. Quand on est évalué sur les résultats, on fait ce qu’il faut, au plus juste parfois, pour obtenir les résultats. Quand le résultat est un papier [BBC Rénov, CEE…], on fait ce qu’il faut pour obtenir le papier. Quand le résultat est une mesure de la consommation réelle chaque année pendant plusieurs années versus une promesse initiale, le tout dans un contrat bien écrit, et bien on fait ce qu’il faut.

Et devinez quoi, la qualité est meilleure. Et comme l’Économie de marché est ainsi faite, on tire au plus juste et in fine moins cher que la méthode en force. Observons maintenant comment ces pionnières et pionniers d’EnergieSprong ont procédé aux Pays Bas autour de GREENFLEX et par extension en France dont nous sommes d’ailleurs partie prenante, main dans la main avec nos confrères – maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre courageux. Bien sûr, le diable se trouve toujours dans les détails et les réalités sont plus complexes que notre propos. Néanmoins, les grandes idées sont là. D’abord, il y a 3 contraintes [la contrainte est une ressource indispensable à l’innovation] : l’argent, le temps, le « style »

  • L’argent: évidemment ça ne sert vraiment à rien de lire courageusement cet article pour y découvrir qu’on a open bar sur des projets EnergieSprong. Non, indubitablement, il y a des plafonds stricts à atteindre économiquement, et en cours d’atteinte dans les autres pays qui apprennent et investissent. Ces plafonds sont moins onéreux que la méthode en force et moins cher [espérons-le] que la démolition reconstruction fût-elle hors-site. Il faut donc inventer une solution très performante énergétiquement très peu coûteuse. Comment ?
  • Le temps : un bon chantier est un chantier… très court. Donc il faut inventer une solution très performante énergétiquement, très peu coûteuse, très rapide à mettre en œuvre. Encore une fois comment ?
  • Le style: un bon « artisan » est un artisan sympa qui fait un joli travail, qu’on invite à boire un coup. C’est Valérie Damidot ou « Pimp My Ride ». Donc il faut inventer une solution très performante énergétiquement, peu onéreuse, très rapide et agréable à mettre en œuvre, dont on est fier d’un résultat visible. De quelle manière ?

Vous nous voyez venir : la réalité a rejoint la théorie. Les solutions qui fonctionnent depuis plusieurs années aux Pays Bas sont industrielles et standardisées. Elles ont toutes nécessité des investissements de transformation des métiers anciennement artisanaux [comme les métiers anciennement artisanaux de pose]. On standardise quoi ? On investit comment ? À suivre.