De la construction modulaire à la société modulaire, une brève histoire du futur

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Les crises à répétition externes et les « plafonds de verre » internes nous conduisent à nous questionner sur nos pratiques et leur efficacité. Le modèle repris à travers le temps n’a-t-il pas montré ses limites ? Quand un exemple probant apparaît, il est toujours fécond d’en comprendre les facteurs clés de succès et d’essayer de le transposer à d’autres secteurs et, pourquoi pas, à la société tout entière. À ce titre, l’irruption des solutions hors-site dans le bâtiment est riche d’enseignements.

par Nicolas Millet
Docteur en sciences sociales (EHESS)

ONESPAN OFFICE, QUÉBEC © STÉPHANE BRUGGER

Alors que la construction hors-site prend son essor en France, et que nous vivons une série de transitions, voire de basculements, inconnue dans l’histoire de l’humanité, les défis à relever demeurent immenses. Ces défis stratégiques touchent à la fois un secteur particulier comme le bâtiment, mais également l’ensemble de la société. Or, chacun peut constater que nombre d’entre eux sont communs à ces deux ensembles : réchauffement climatique et réduction des émissions de gaz à effet de serre et des déchets, amélioration du cadre de vie, emploi, productivité et maîtrise des coûts, efficacité de l’action collective, etc.

Concernant certains enjeux opérationnels, il est possible de dresser le même constat :

  • Les coûts cachés et le gaspillage touchent tous les secteurs privés et publics (entre 1 000 et 6 000€/salarié/an selon le laboratoire en sciences de gestion ISEOR de l’Université Lyon 3).
  • La difficulté croissante pour recruter de la main-d’œuvre qualifiée et fidélisée renchérit régulièrement le coût des projets.
  • Le cloisonnement entre les métiers intervenant sur le cycle de production ou de service ne permet pas de satisfaire correctement la demande des usagers ou des clients.
  • Le poids des normes (> 40 000 en France) et la lenteur des procédures administratives freinent la réactivité et l’adaptation aux changements technologiques plus rapides.
  • La réduction de l’accidentologie et de l’absentéisme et la recherche de qualité de vie au travail participent directement de l’attractivité des métiers.
  • Autres facteurs.

Du côté des solutions à apporter en termes de combinaisons technologiques, d’organisation des collectifs humains, de formations, de systèmes de pilotage ou de valeurs à promouvoir, les correspondances entre la construction hors-site et la manière de penser la société de demain sont nombreuses et méritent que l’on puisse s’en saisir pour faire profiter des avancées de ce secteur pionnier et disruptif à toute la société et viser une amélioration notable de notre « vivre-ensemble ». Il s’agit de repérer des…(Suite de l’interview dans le magazine N°17)