ENQUÊTE SUR LA CONSTRUCTION MODULAIRE

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ANALYSE

À la demande de l’Ademe, et piloté par l’Agence Qualité Construction (AQC), les centres de ressources Envirobat d’Occitanie ont réalisé, courant 2017, une première enquête sur la construction modulaire.

Non exhaustive, cette étude comptabilise néanmoins un échantillon représentatif du marché. Pauline Lefort a visité une vingtaine d’opérations et rencontré une cinquantaine d’acteurs de la région nantaise jusqu’à la Savoie, et de la côte basque à Monaco. Les opérations étaient en collectif (35%), tertiaire (30%), groupé (20%), collectif +individuel (10%) et individuel (5%). Elles dataient en grande majorité de 1 à 3 ans. A 75%, les modules étaient réalisés en système constructif bois, 10% en métal, 10% en béton et 5%  mixte bois-métal. Les opérations comportaient de 5 à 204 modules, construits à une distance maximale de 500 km de l’usine.

Pour les Maîtres d’Ouvrage, l’ordre de priorité pour le choix du modulaire s’établit ainsi :
1 : Le délai d’exécution
2 : Les moindres nuisances de chantier
3 : La qualité et la livraison clef en main, ainsi que la performance, même s’ils se contentent du niveau RT 2012.
4 : Un premier test pour mesurer la reproductibilité de telles opérations.

Ne sont pas considérés comme déterminants dans leur choix : les coûts, l’adaptabilité et le transfert. Enfin la déconstruction et l’aspect recyclable du bâti n’entrent pas en ligne de compte.

L’enquête souligne ensuite les différentes problématiques rencontrées dans le processus constructif modulaire. Des propos dûment validés par l’image ! Tout d’abord, dans les marchés par allotissement, le type de modules retenu peut requérir des fondations différentes de celles décrites dans le CCTP de l’appel d’offre. Ensuite, le caractère innovant des solutions préfabriquées nécessite d’anticiper les étapes de validation au niveau des contrôles techniques, des assurances, des transports… Et il est vivement recommandé de valider les détails techniques avec le client grâce à un module témoin.

La conception du module doit aussi se prémunir des risques de déformation lors du transport et du levage grâce à un juste dimensionnement, en rigidifiant des points névralgiques et en réalisant certaines finitions sur site (joints de carrelage). La fabrication nécessite une organisation spécifique de la production et des capacités de stockage importantes dans l’usine. Les démarches administratives pour le transport doivent être étudiées avec soin, car la réglementation des convois exceptionnels demande des autorisations par département et par commune, avec des plages horaires différentes en milieu urbain ou touristique. La réception des fondations doit faire l’objet de la plus grande attention pour éviter les décalages qui s’accumulent lors de la pose, au point de bloquer le chantier ou de rendre le projet non conforme par son implantation. Enfin, quand la construction modulaire intervient sur un chantier « mixte », il faut anticiper l’étanchéité à l’eau avec les éléments en traditionnel lors des aléas météo.

Résidence Adoma par Pyrénées Charpente

La restitution de cette enquête avait attiré plus de 70 professionnels (acteurs de la conception et de la formation professionnelle, des experts, AMO, conseillers techniques, et dans une moindre mesure des entreprises, constructeurs, artisans) dans les locaux de la Capeb de Toulouse en cette fin décembre. Elle était suivie d’une table ronde avec Sylvain Larouy de Pyrénées Charpentes et l’architecte Guillaume Pujols qui évoquaient la réalisation de la résidence Adoma à Toulouse, une opération de 50 logements en CLT. Elle a nécessité cinq mois de préparation pour seulement dix jours de montage et soulevait la question de l’importance des coûts financiers à porter lors de la phase de fabrication en atelier. Puis, Cyril Moussard de Modulem, fabricant des structures modulaires en bois, béton ou acier, avec des matériaux de remplissage biosourcés réalisés à plus de 80% en atelier,  faisait part des difficultés pour faire valider ses solutions techniques, dans un monde où le modulaire est encore très rare. Son bureau d’étude interne doit utiliser la procédure des Enquêtes Techniques Nouvelles (ETN) et obtenir l’agrément d’un bureau de contrôle pour répondre à des marchés. Enfin, Sylvain Fournel de Selvéa présentait l’école de Juvignac et ajoutait quelques réflexions sur l’évolution des métiers : « La conception est fournie en 2D, cela nous pose un problème parce que nous sommes déjà en 3D, avec des tablettes numériques en atelier » Puis, d’ajouter : « Tous les salariés qui ont touché au modulaire sont très contents, et ne veulent plus revenir en arrière ! »

L’école de Juvignac par Selvéa

Résidence étudiant en modules de béton – Modulem

RETOUR D’EXPERIENCE

La méthodologie de ces études, dénommées « Rex » (Retour d’Expérience), repose sur des visites de réalisations et d’entreprises comme levier d’amélioration de la qualité pour l’ensemble des acteurs de l’acte de construire, en les sensibilisant sur les risques émergents induits par la mutation de la filière Bâtiment. Ainsi, depuis sept ans, AQC analyse ainsi les bâtiments performants, dits « passifs ». Sur 1000 réalisations déjà étudiées, 30 % seulement présentaient un niveau de qualité satisfaisant, mais pour 70%, l’AQC relevait des problèmes techniques de plus ou moins grande importance.

Ce dispositif consiste concrètement à capitaliser des retours d’expériences en se basant sur l’audit in situ de bâtiments et sur l’interview des acteurs qui ont participé aux différentes phases de leur élaboration.