L’évolution du BIM en France

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L’évolution du BIM en France

Le BIM est en train d’entrer dans les coutumes et les usages du BTP. Une transition numérique inéluctable qui conditionne en grande partie l’avenir de toute une filière.

Cela fait déjà plus de 6 ans que le premier Plan de Transition Numérique dans le Bâtiment a été lancé, voulu par Cécile Duflot puis par Sylvia Pinel en leur temps. Soutenu par les organisations professionnelles, les grands maîtres d’ouvrage et le Gouvernement, il avait fait l’objet au préalable d’un appel à manifestation et de nombreuses personnes et sociétés avaient envoyé leur analyse de la situation française, leur vision et leur espoir pour le futur de la construction de notre pays. Ceci avait donné par la suite naissance à une feuille de route portée par le PTNB et qui disait en substance vouloir sensibiliser, donner envie et accompagner les acteurs de l’acte de construire. Avec plus de 20 millions d’euros de budget, de nombreuses actions ont alors été menées. Projets pilotes, analyses de marché, objets génériques, livres blancs, guides, évènements, concours et un certain nombre d’autres actions ont été menées en France et Bertrand Delcambre et son équipe ont par ailleurs sillonné le territoire pour soutenir les actions en ce sens. Le sujet était d’ailleurs bien plus vaste que le BIM puisqu’il s’agissait de numériser la filière.

2017, le PTNB est mort, vive le Plan BIM 2022 et ADN Construction

En 2017, le PTNB disparaissait pour laisser ensuite la place au Plan BIM 2022, une initiative du nouveau Gouvernement au travers du Ministère du Logement avec en appui la DHUP, souhaitant faire de 2022 une date clé pour le BIM en France, avec une recommandation forte mais pas encore une obligation. Cet acte symbolique et cette charte ont été signés par les acteurs majeurs du secteur que sont les Fédérations professionnelles, les Conseils de l’ordre des métiers concernés, les Syndicats professionnels, les Maîtres d’Ouvrage privés ou public et autres promoteurs. Porté par ADN Construction (Associations pour le Développement du Numériques dans la Construction), organisation présidée par Gilles Charbonnel et véritable bras armé du Plan BIM 2022, la transition numérique en France suit son parcours et a même annoncé une feuille de route et 7 actions clés, plus la mise à disposition d’une plateforme collaborative du nom de Kroqi afin d’aider les entreprises à s’acclimater au BIM. Parmi ces 7 actions, on compte la sécurisation de la commande BIM, le contrôle et l’auto-contrôle du projet, les besoins et normalisation, les outils de formation, l’évaluation de la maturité BIM, et enfin réseau et territoire avec le BIM en Région. Un nombre de thèmes conséquent, et des actions qui commencent à se mettre en place, mais peu de rapports ou de plan stratégiques de déploiement ou de réflexions sur des sujets donnés ont été rendus publics. …

Des standards ouverts et une vision commune pour le futur

Certaines organisations en France font cavalier seul et œuvrent à certains sujets et à la définition de ce qu’ils devraient être tels que l’openBIM avec notamment buildingSMART France qui fait travailler son Comité Scientifique et Technique pour améliorer la visibilité et la compréhension du standard IFC. L’Association MINnd quant à elle travaille sur la définition des futurs standards ouverts pour le BIM Infrastructure. On retrouve dans ses organisations, les acteurs historiques cités au début de cet article, notamment les maîtres d’ouvrage, les éditeurs logiciels, et la maîtrise d’œuvre qui viennent exprimer leurs besoins et participer à la construction de ce que seront les standards de demain. Enfin, la Smartbuilding Alliance réfléchit quant à elle à ce que devront être les bâtiments et villes intelligentes de demain.

Des Fédérations et Syndicats professionnels en ordre de bataille

Certaines Fédérations telles que CINOV, font un travail fantastique de démocratisation du BIM en mettant en place des actions de qualité telles que le REX BIM tour, entamé depuis plus d’1 an maintenant et qui permet au secteur de l’Ingénierie, mais pas uniquement, de comprendre que les choses évoluent vite et bien sûr le terrain et que le BIM n’est pas que l’apanage des grands. L’UNSFA n’est pas en reste et s’implique au sein des discussions stratégiques au niveau national afin de protéger les intérêts de leur branche professionnelle tout en l’aidant à faire cette transition en allant vers le BIM et le numérique.

Les statistiques

Mais qu’en est-il de la réalité du BIM et de son adoption globale sur le marché ? Les études varient mais les statistiques sembleraient dire que nous tournons aux alentours des 35 % de taux d’adoption du BIM en France dans la maîtrise d’œuvre. On peut dire sans hésitation que toutes les grandes entreprises de construction, ainsi que les ingénieries et grandes agences d’architecture sont quant à elle à plus de 70 % d’adoption du BIM, qu’elles dominent en termes de compétence et sont en avance à l’international. Toutes ces structures, sont généralement parfaitement organisées et elles ont compris l’enjeu stratégique du digital pour leur compétitivité en France et à l’International. Elles ont su investir en temps et en heure afin de faire ces transformations d’organisation, technologiques, et surtout humaines avec des formations adéquates et souvent des réorganisations d’équipes afin qu’elles soient parées à répondre à ces enjeux.

TPE-PME, une transition plus délicate

La partie s’avère cependant plus complexe pour les TPE et PME qui sont hélas moins armées pour ces grands enjeux d’aujourd’hui et de demain. Certaines s’en tirent de manière très positive et peuvent, grâce à cette transition digitale, lutter contre de plus gros et devenir ainsi plus compétitives, car plus flexibles et agiles que certaines grandes entreprises, mais une grande majorité d’entre elles ont besoin de se faire tout d’abord convaincre de l’intérêt de cette transition, et ensuite d’être accompagnées dans ce long et parfois périlleux voyage. Leurs Fédérations et Syndicats professionnels essayent tant bien que mal de les aiguiller, mais étant eux-mêmes parfois peu au fait de ce qu’il peut se passer dans d’autres pays, la tâche n’en est que plus dure. Il faut ajouter que les budgets publics alloués à cette transformation sont bien modestes si on les compare à ceux de nos voisins britanniques.

Une stratégie d’éducation pas encore à la hauteur des enjeux

Hormis l’Éducation Nationale qui a su opérer le virage du numérique et du BIM il y a quelques années, les Grandes Écoles d’Architecture et d’Ingénierie sont quant à elles hélas, trop loin du compte. Sans aucune stratégie numérique et BIM, et avec peu de compréhension des enjeux de formation dans ce domaine pour les futures générations, elles sont actuellement en train d’accuser un retard dommageable pour ces futurs professionnels.

BIM 2022 ou…?

Pour conclure, le numérique avance car un certain nombre d’acteurs de bonne volonté au niveau national se sont alliés afin de porter ce besoin au sein des différentes filières. Mais l’objectif BIM à 2022 reste malgré tout ambitieux et peut-être déraisonnable pour le moment. Même si nos grandes entreprises font honneur à notre pays, il faudra une véritable ambition au niveau gouvernemental, ainsi que des budgets conséquents, à l’instar de nos voisins britanniques, si nous voulons une réussite totale et si nous souhaitons ne laisser personne d’ici quelques années. Un grand débat de fond qui devra aussi s’ouvrir sera celui de l’obligation du BIM pour les marchés publics comme tous nos voisins. Cette obligation contribuerait en effet inéluctablement vers une montée en compétences incontestable de tous les acteurs de la filière BTP. Cette transition est inéluctable et incontournable. Rassemblons tous nos efforts afin d’accélérer ce mouvement déjà bien engagé et qui permettra à la France de garder sa position de leader dans l’Industrie de la Construction.

EMMANUEL DI GIACOMO, EMEA BIM Ecosystem Business Development Manager D.P.L.G. Architect AEC Division

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