séquence interview : Alain Bejean, président de TH

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Construire des logements bas carbone, sans surcoût et avec un niveau de qualité supérieur, est-ce chercher la quadrature du cercle ? En créant TH, Alain Bejean s’est lancé le défi de répondre à cette épineuse question.

Menuiseries, cloisons intérieures et même équipement de salles de bains : les modules TH sont fabriqués à 90 % en usine.

Alain Bejean, vous avez cofondé TH il y a huit ans. Quelle était votre volonté ?

Avec mon associé, qui était spécialisé dans la construction bois, nous voulions utiliser les méthodes industrielles que je connaissais bien pour faire de l’habitat bas carbone accessible à tous. Notre idée était de proposer un niveau de qualité supérieure à celui de la construction traditionnelle. En travaillant sur des bases bois et grâce aux procédés industriels, nous sommes parvenus à résoudre cette équation.

Comment avez-vous mis au point votre offre brevetée TecHabitat ?

Nous avons fait de la R&D pendant quatre ans puis il nous a fallu deux ans pour parvenir à travailler sur de grands projets. De nombreux clients, promoteurs et bailleurs sociaux étaient intéressés par ce que nous proposions, mais avaient besoin d’être rassurés quant au niveau de prestation finale. Depuis qu’ils ont vu nos réalisations en Haute-Savoie, où nous avons réalisé tout un écoquartier, on sent un véritable emballement. Le marché du hors-site est en pleine accélération !

Comment faites-vous changer les mentalités vis-à-vis du hors-site ?

C’est un travail de démonstration. Nous ne démarrons jamais une opération sans que nos clients aient visité nos réalisations. À chaque fois, ils sont surpris par la qualité zéro défaut de nos finitions qui sont faites quasiment à 100 % dans nos fabriques. Très souvent, leur remarque est : « Enfin de l’habitat réalisé avec la même rigueur de finition qu’un produit industriel de grande série. » Nous aurons l’occasion de présenter un de nos modules lors du salon Batimat.

Quel est le secret de votre solution ?

Nos modules sont construits sur des systèmes poteau-poutre très stables et 100 % encastrés. Ce sont des constructions robustes qui peuvent résister à des porte-à-faux importants alors qu’habituellement la maçonnerie nécessite une précision au millimètre. L’autre avantage, c’est la rigidité de notre structure qui permet d’ouvrir de grands pans de murs. Cela offre une grande liberté architecturale et met fin à l’adéquation : un bloc = une pièce. C’est indispensable quand on fait de l’habitat : personne ne veut vivre dans des boîtes! Le dernier point, c’est l’étanchéité à l’air de 0,3 m3/h.m² qui nous permet d’atteindre à peu de choses près une consommation passive.

En quoi la construction industrialisée peut-elle répondre aux problématiques actuelles de la construction ?

Tout le secteur fait face à des problèmes de qualité qui se dégrade sur les chantiers. À cela s’ajoute une pénurie de main d’œuvre. L’industrialisation est une réponse intéressante parce qu’elle permet d’offrir à des personnes sans formation et loin de l’emploi une ouverture au travail. Chez TH, nous avons mis au point avec Pôle Emploi un système de recrutement des candidats en prenant en compte non pas leurs diplômes, mais leurs habiletés. Les nouvelles recrues suivent un parcours de formation, que l’on nomme L’Académie TH, avec un taux de succès d’intégration de 90 %. La préfabrication est une nouvelle filière d’avenir qui peut permettre d’intégrer des dizaines de milliers de personnes dans le monde du travail.

Propos recueillis par Kim Biegatch