Séquence interview Guillaume Hannoun, fondateur de moon architecture

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Moon architecture, l’agence qui place l’humain au cœur des projets

Bastion de Bercy, Centre d’Hébergement d’Urgence

Virginie Speight. En votre qualité d’architecte, qu’est-ce qui a motivé le choix du Hors-site ?

Guillaume Hannoun. Au départ, il y a un constat sur un chantier s’éternisant : pourquoi, alors que nous avons passé l’an 2000, continuons-nous de construire de cette manière si archaïque, avec des gens qui poussent des brouettes dans la boue, sous la pluie… ? Dès lors, nous sommes intéressés à toutes les formes de préfabrication en poussant l’idée que l’on pourrait, en construisant des bâtiments dans un atelier, améliorer la qualité, les délais etc.

V.S. Il y a encore beaucoup d’architectes qui s’interrogent sur le fait de prendre ou non ce tournant. Comment l’expliquez-vous ?

G.H. Je ne me l’explique pas trop ; je pense qu’il y a beaucoup de craintes face à la nouveauté, comme il y en a eu (et parfois encore un peu) vis-à-vis des constructions en bois. Pour ma part, j’essaye de rester pragmatique et je me dis que les systèmes ne sont pas une réponse universelle systématiquement vertueuse ; il existe différents niveaux de préfabrication et ceux-ci doivent être utilisés en fonction des objectifs du projet, le contexte, les usages.

V.S. Quelle est votre approche du logement social, temporaire ?

G.H. Justement, il s’agit là d’une réponse que nous avions proposée pour permettre de déverrouiller certaines situations ; il y a là une adéquation entre le besoin de construire des logements, la nécessité d’aller vite et de maîtriser les coûts, et les systèmes constructifs Hors Site. C’est notamment les systèmes constructifs modulaires qui permettent la meilleure réversibilité des bâtiments ; on peut alors envisager de créer de l’immobilier déplaçable, réversible et évolutif car on peut ajouter ou enlever des modules au bâtiment ; cela apporte énormément de souplesse notamment pour des collectivités qui créent de l’hébergement ou des écoles, des collèges, etc…

V.S. Comment trouvez-vous votre inspiration ?

G.H. J’essaye de rester ancrer dans notre époque, de la comprendre et d’y apporter ma contribution. La question qui m’intéresse le plus actuellement est d’essayer de concilier la question écologique du durable avec les besoins d’une société qui évolue à une incroyable vitesse, où tout peut basculer très vite. Il y a là un terrain fascinant pour une architecture évolutive, adaptable et durable que j’ai qualifié de liquide, en écho avec la société liquide décrite par le sociologue Zygmunt Bauman.

Chantier du CHU de Périgueux

V.S. L’implantation géographique influe-t-elle fortement votre travail ?

G.H. Cette question illustre bien cette nécessité d’harmoniser ce qui peut, a priori, sembler contraires. Souvent lorsque l’on parle des systèmes constructifs industrialisés, on s’imagine le même bâtiment partout. Notre travail consiste alors à rationaliser la diversité pour faire en sorte que chaque bâtiment soit unique, contextuel, même s’il utilise des systèmes constructifs

CHU Coallia à Montreuil

V.S. Quels sont vos interlocuteurs privilégiés ? Comment mettez-vous en place un projet ?

G.H. Pour nous, l’architecture est un sport collectif ; seul on ne fait rien. Pour avoir un bon projet il faut avant tout un bon maître d’ouvrage, car c’est lui qui porte le projet, d’un point de vue financier bien sûr, mais pas seulement. C’est lui qui identifie les besoins d’usagers en commande publique ou d’un marché en promotion privée. Pour moi l’équipe se constitue sur ce noyau dur sur lequel doivent s’agréger avec tout autant d’implication chacun des acteurs de l’opération, bureaux d’études, conseils, entreprises, etc…

V.S. Concernant la construction durable, tournée vers le respect de l’environnement, est-ce au cœur de votre activité ?

G.H. Notre engagement en faveur de la construction durable remonte à notre premier projet ; en effet, dès 2012, alors que la RT 2012 entrait tout juste en vigueur, nous déposions notre premier PC pour un immeuble d’habitation dans Paris, avec pour ambition l’objectif du label Effinergie+, soit la RT-20 %, en promotion privée. Ce fût une expérience douloureuse, car personne n’était près pour cela et les entreprises nous prenaient pour des illuminés. Mais nous y sommes arrivés. Au fil des expériences, notre approche de la construction durable s’est faite plus pragmatique, prenant un peu de distance avec la course aux labels. Ainsi, nous construisons énormément en bois notamment car il s’agit du matériau le plus renouvelable, mais pas seulement. Les constructions en bois sont plus légères que les autres, construire en bois permet donc d’économiser sur les systèmes de fondations. De même, le bois permet de mettre bien plus d’isolant dans la même épaisseur qu’un mur en maçonnerie traditionnelle. Récemment nous venons de livrer un bâtiment basé sur du réemploi de container. Il existe de nombreuses pistes et nous essayons de trouver systématiquement la plus adaptée, dans un souci constant de recherche et d’innovation.