Avec la construction hors-site, réindustrialisons la France !

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La construction hors-site est sans doute le chaînon manquant entre le monde du bâtiment, et celui de l’industrie, développer la construction hors-site c’est aider la pénétration du numérique dans l’activité humaine la plus importante au monde.

Pascal Chazal
CEO de PATCH CONSEIL


Projet Metaverse, Zaha Hadid architects.

En 1780, avec l’arrivée de la machine à vapeur, le monde entre sa première révolution industrielle. Pour la première fois, grâce à la technologie, les capacités de l’homme sont démultipliées. En 1870, avec l’arrivée de l’électricité, l’accélération est encore plus forte, c’est la seconde révolution qui avec le Fordisme et la standardisation introduit le « mass production » et permet aux citoyens d’accéder aux biens de consommation, l’automobile notamment. En 1960, la troisième révolution industrielle arrive avec Toyota et le Lean Manufacturing, c’est le début des ERP et de la robotique qui permet une plus grande personnalisation des produits, améliore la qualité et réduit les coûts, l’accès pour chacun aux produits auparavant destinés aux riches.

On nous annonce depuis des années, la quatrième révolution industrielle, qui repose sur l’économie de l’usage rendue possible par les nouveaux outils digitaux et l’hyperconnexion. Si on l’a bien vu arriver dans nos maisons avec nos téléphones portables et nos ordinateurs, elle tarde à arriver dans un monde plus physique comme l’automobile ou la construction. Mais les choses pourraient bien changer très vite… Dans l’automobile, le coup est parti, en septembre 2021, avec 24 000 exemplaires vendus en Europe, le modèle 3 de Tesla est la voiture la plus vendue en Europe. Elon Musk crée avec Tesla, un modèle où la voiture n’est plus un moteur avec 4 roues, mais un ordinateur possédant des fonctions de mobilité.

La construction hors-site est sans doute le chaînon manquant entre le monde du bâtiment, et celui de l’industrie

Usine StartBlock, Pays-Bas.

Tesla pousse l’ensemble des constructeurs à prendre le virage de la voiture électrique, le modèle développé par Ford il y a un siècle, qui a fait le bonheur des pétroliers est mis à mal.

Cette quatrième révolution industrielle et numérique va sans aucun doute nous apporter de nombreux progrès, mais comme pour chaque grand changement, il y aura également de la casse. Le monde de l’automobile, les équipementiers notamment se préparent à une baisse de 30 % de leurs activités d’ici 2030. En effet, dans une voiture électrique, nul besoin de moteur, de boîte de vitesse, de réservoir, de radiateur et de bon nombre d’équipements devenus inutiles. Des usines vont donc fermer, entraînant la destruction de nombreux emplois.

La quatrième révolution industrielle va-t-elle aussi affecter le bâtiment et l’immobilier ? S’il est un domaine où le numérique a bien du mal à faire sa place, c’est bien le bâtiment, le caractère « physique » de ceux-ci rend la tâche complexe. Les start-ups et les idées ne manquent pas, mais l’acquisition par les acteurs reste faible, les habitudes sont tenaces, on a toujours fait comme ça !

La construction hors-site est sans doute le chaînon manquant entre le monde du bâtiment, et celui de l’industrie. Développer la construction hors-site, c’est aider la pénétration du numérique dans l’activité humaine la plus importante au monde. Construire hors-site, c’est produire des éléments de bâtiment dans des lieux moins hostiles que le chantier, des lieux où il est possible de véritablement améliorer les conditions de travail des ouvriers, moins de pénibilité, moins de transport, des outils plus adaptés, etc. Les méthodes industrielles vont permettre d’améliorer la productivité et donc d’augmenter la qualité des produits tout en réduisant le coût. C’est ce que savent faire les industriels ! Pourquoi alors ne pas utiliser les usines et la main-d’œuvre qualifiée des usines de composants automobiles pour produire des composants pour les bâtiments ? Nous pourrions produire plus vite et mieux de nombreuses façades pour la rénovation énergétique, des modules et des composants pour des logements, des écoles, des hôpitaux, des résidences pour personnes âgées, etc.

Usine Lindbacks, Suède.

Conjuguer le meilleur du bâtiment de celui de l’industrie, telle est la promesse de la construction hors-site. D’autres domaines ont su se réinventer, l’automobile dans les années 1980, l’énergie, l’aérospatial, l’agriculture, etc. Le bâtiment, pour faire face aux défis colossaux du XXIe siècle, entre dans un tournant majeur. Améliorer l’existant ne suffit plus, construire hors-site est sans aucun doute la clé, c’est possible, mais il nous faut pour cela du courage ! Courage de la part des politiques, le discours de Jean Castex, cité dans l’article « Pascal Chazal nous parle » (avril 2020) serait-il le début d’une prise de conscience ?

Courage des financeurs qui doivent refuser de financer les projets ayant un impact environnemental ou social négatif. Courage aussi de l’ensemble des acteurs de la chaîne de production immobilière. De nombreuses initiatives existent, mais il faut aller plus loin et, surtout, beaucoup plus vite !